De Durban à Cape Town




Première semaine de Janvier, retour à Durban, le bateau nous attend sagement à sa place au fond de la marina : rien n'a bougé.
Passage obligé du remontage de ce que nous avions déposé, mise au sec du bateau pour refaire la peinture sous marine...
Nous passons deux jours en périphérie du port dans un chantier entouré de barbelés et surveillé par des gardiens aussi sympathiques que patibulaires. L'engin de levage (le "lift") correspond à la taille du bateau et est en état de marche mais il est manipulé avec une lenteur absolument extraordinaire.... Ce qui au jour de la remise à l'eau se traduit pour nous par... une certaine tension. La météo annonçait un fort coup de vent (classique passage d'un front froid un peu "teigneux") en début de soirée, aussi la manipulation avait-elle été fixée pour midi... mais peu à peu les petits retards s'accumulaient... se transformant en heures.
Finalement, c'est avec cinq heures de retard que nous sommes remis à l'eau . Juste le temps de filer retrouver notre place bien à l'abri au fond de la marina et nous voyons un "mur" sombre s'élever à l'horizon. En quelques secondes, le vent s'établit à quarante cinq noeuds (au fond du port). Il soufflera ainsi pendant quelques heures. Même si nous sommes complètement trempés, le temps de terminer notre amarrage, nous sommes assez contents d'être arrivés juste avant la bourrasque.


Caréné et prêt à repartir. L'aussière au premier plan avait été tendue pour éviter que le bateau ne monte sur le ponton pendant le coup de vent.

Petit supplément inattendu aux "corvées" habituelles : nous sommes contraints de nous lancer dans une procédure de prolongation de visa.
Nous avions droit à quatre-vingt-dix jours à partir de notre retour en Afrique du sud. Mais pour une raison que lui seul connaît (ou ignore), le préposé à l'immigration à l'aéroport de Johannesburg (personnage d'aspect fort sympathique remplissant son office en chantant à gorge déployée...) nous a accordé... trente jours.
Personne ne saura nous expliquer pourquoi.
Mais ici, le tampon est sacré : puisque les trente jours ne nous suffisent pas, il nous faut engager une procédure d'extension de visa. Pour ces procédures il est obligatoire de passer par une société privée exerçant une délégation de service public ("Global Visa") dont l'objectif évident est de...faire payer le postulant (un quart des sommes perçues va à l'Etat Sud Africain et les trois quarts à Global visa.). La procédure (informatique) est volontairement compliquée pour mettre le demandeur en échec et le contraindre à demander l'aide... payante, qu'on lui propose obligeamment.
Bref avec beaucoup de temps, beaucoup de colère, beaucoup de ténacité, beaucoup de photocopies certifiées conformes, beaucoup de rands aussi, nous triomphons -sans aide- du parcours d'obstacles et obtenons le précieux récépissé de demande d'extension qui nous permet de rester légalement en Afrique du Sud ... jusqu'à ce que soit connue la réponse. Mais comme cette réponse ne parvient qu'après huit à dix semaines, nous serons sans doute partis avant qu'elle ne soit connue !

Nous retrouvons Bob, l'ex commodore du yacht club, à qui nous avons rapporté quelques photos de notre centurion (Rappel :lui même a traversé l'Atlantique sur un centurion). Il nous fait connaître son petit restau préféré et nous fait visiter les différents quartiers de la ville.
Le "centre proche", autrefois domaine des classes les plus fortunées s'est peu à peu dégradé et il est peu sage de s'y aventurer. Les quartiers touristiques étalent sur le bord de mer leur alignement de grands hôtels. Plus loin encore se trouvent les quartiers riches où les constructions de luxe s'abritent derrière des rouleaux de barbelés et des vigiles omniprésents. On s'y retrouve, dans de petits centres secondaires, sur de sympathiques terrasses, où les blancs sont, bien sûr largement majoritaires mais où viennent aussi parader quelques "black diamonds" dans leurs impressionnantes berlines allemandes aux vitres teintées...
Dans les townships de Durban, qui abritent encore des centaines de milliers de personnes, nous n'irons pas. Mais dans la structure de la ville, il est flagrant que l'apartheid a laissé bien des traces.


Avant de quitter Durban, cap au sud, nous partons pour quelques jours visiter la réserve de Hluhluwe ( on prononce chlouchlouwé), sans doute la plus ancienne d'Afrique du sud. Le voyage est facilité par le coût extrêmement modique des locations de voiture (y compris avec "full insurance") Quant aux hébergements, comme la haute saison s'est achevée, les offres à bas prix pullulent sur internet.
Une autoroute permet de franchir rapidement les trois cents kilomètres qui nous séparent de la réserve. Vastes étendues de champs de cannes, exploitations forestières aux arbres rectilignes puis, plus au nord, moutonnement de collines piquetées de petites maisons. Ici, en pays Zulu, les densités rurales sont particulièrement fortes. La traversée des villages montre un bourdonnement d'activités mais aussi, beaucoup d'hommes désœuvrés, qui attendent... Le chômage rural est en Afrique du Sud, extrêmement élevé (80% des terres appartiennent encore aux blancs).



La réserve de Hluhluwe peut (à condition de respecter certaines règles de sécurité et de ne pas quitter les pistes) se visiter en toute liberté. Nous l'arpenterons pendant deux jours.

L'observation des grosses bêtes dans leur environnement naturel tient un peu de la réalisation d'un rêve d'enfant.


Le gros 4x4 qui nous permit d'affronter les pistes de la réserve.


















De plus, notre hébergement est situé en lisière du parc et nous pouvons le soir, depuis notre terrasse, voir parader les troupeaux d' antilopes. Girafes et zèbres se promènent à quelques dizaines de mètres.




Terminée l'incursion dans la réserve, plus rien ne nous retient à Durban.


La navigation jusqu'au Cap, un peu plus de huit cent milles, est intéressante.

Un certain nombre d'éléments sont à prendre en compte : le courant des Aiguilles; la fréquence des coup de vents de suroît accompagnant les fronts froids qui se succèdent sur la zone et rendent la mer dangereuse ; l'écart, enfin, entre les abris (East London, premier abri accessible au sud de Durban, se trouve à 250 milles)
Mais avec quelques précautions, le passage ne s'avère pas plus compliqué qu'une navigation estivale en Mer d'Irlande : Le courant des Aiguilles est localisé (juste à l'extérieur de la ligne des 200 mètres). L'écart entre les abris est vite franchi avec son aide et surtout, les météos prévoient le temps avec une bonne exactitude.
Outre la météo sud africaine, dont les prévisions sont exactes mais à court terme, nous avons, une fois de plus, été fort satisfaits de nos fichiers "grib". Moyennant les corrections -bien connues- à y apporter nous n'avons jamais été surpris par la force ou la direction du vent. De plus, pour peu qu'on arrive à combiner son passage de manière à arriver au port choisi au lever du jour (au moment où, à terre le vent est généralement faible) on a toutes les chances de chercher sa place dans le port en toute tranquillité.

Finalement, notre passage fut sans surprise et plutôt confortable.

Nous avons fait deux escales, à East London et Mossel bay, puis filé directement sur Cape Town.
Départ de Durban à l'aube, après des formalités plutôt faciles (elles ne nous prennent que quatre heures...). C'est la première fois que nous voyons tamponner notre passeport pour passer d'un port à l'autre à l'intérieur du même pays... mais il faut bien sacrifier au culte du Dieu Tampon....
Conditions favorables, vent portant, le courant des Aiguilles est bien à l'endroit prévu et nous propulse sans effort vers East London.


Courant des aiguilles. SOG : vitesse sur le fond

Nous parcourons en toute tranquillité plus de 230 milles en 24 heures.
En fait nous avons passé toute une partie du temps à nous ralentir pour ne pas arriver au port en milieu de nuit.
En route, à plusieurs reprises, nous croisons d'immenses bancs de dauphins : aussi loin que porte le regard, dans toutes les directions, des ailerons, des jaillissements d'eau, des cabrioles, impressionnant.
Finalement - un peu plus tôt que prévu- le vent tombe et nous faisons notre entrée au petit matin à East London... au radar avec 30m de visibilité.
Une étape tranquille... marquée cependant par la prestation spectaculaire de l'équipier qui renoue avec sa vieille habitude de chute sur le pont sans justification ni excuse. Un petit temps dans les "vaps" où la victime se demande pourquoi l'intégralité de la mêlée des Springboks a éprouvé le besoin de venir méchamment "essuyer ses crampons " sur sa cage thoracique... Puis la douleur s'atténue se localise et l'évidence s'impose d'une de ces atteintes aux côtes (la radio dira fracture de la 10è....) dont l'équipage est coutumier. Anti-inflammatoires, anti-douleurs, bandages, tout cela ne demande qu'à sortir de la boîte à pharmacie et après... il reste à attendre que ça passe.
East London est un excellent abri. C'est un port industriel d'où sont acheminées les berlines de luxe produites à proximité.
Une petite déception cependant : le Yacht Club que nos documents décrivaient comme particulièrement "friendly" est désert... Nous nous amarrons à couple d'un catamaran en travaux le long d'un ponton... mais aussitôt surgit un préposé qui nous indique que nous ne pouvons rester là.
Nous nous retrouvons amarrés à un corps-mort dans la rivière.
Le caractère peu attractif de l'environnement, la nécessité de ressortir de la soute l'annexe que nous avions consciencieusement pliée nous incitèrent à nous reposer en attendant le prochain créneau favorable. Nous ne sommes donc pas descendus à terre.


Le mouillage devant le yacht club à East London

L'étape suivante - un peu plus de 300 milles nous mènera à Mossel bay. Encore des conditions favorables : le vent d'Est (portant) est bien établi.
Nos fichiers météo prévoient un fraîchisse ment à 35 nœuds au passage de Port Elisabeth (région connue pour être particulièrement ventée.) Il se produira comme prévu (35 à 40 noeuds bien établis) et s'estompera comme prévu au bout de quelques heures.
Trois ris et trinquette tangonnée, fort courant portant, le bateau ne demandait qu'à battre des records... mais une fois encore, nous nous sommes ralentis pour ne pas arriver à Mossel bay en milieu de nuit.
Quarante noeuds -même dans le sens du courant- cela forme quand même une mer un peu teigneuse... et on a pas du tout envie de se trouver en ces lieux avec un vent de cette force s'opposant au courant.


Jolie brise...

Dans l'épisode nous eûmes le "plaisir" de nous faire cueillir par deux fois par deux séries de deux "vagues coquines" qui -venues d'on ne sait où- vinrent coiffer le cockpit au grand mécontentement du barreur trempé jusqu'au fond des chaussettes.
La fin de l'épisode venté se passa en bottes, ciré intégral et ... descente verrouillée.
Arrivée sur Mossel bay dans le calme du petit matin. Nous avions appelé le Y.C à l'avance, ils nous réservaient une place... mais en fait aucune place n'était réservée. Nous serons donc hébergés dans le port de pêche à couple d'un chalutier en cours de réarmement. C'est très bien aussi.

Episode cocasse : pour aller en ville, il nous faut passer la sécurité du port de pêche et presque à chaque fois subir... un alcootest (jusqu'à trois par jour...). Par curiosité, nous demandons quelle serait pour nous la conséquence d'un alcootest positif. Réponse surprenante : aucune conséquence... puisque le bateau est notre domicile et que rien nous interdit d'y entrer ou d'en sortir légèrement imbibés. Donc systématiquement, on nous fait "souffler dans le ballon" pour... rien.


Mossel Bay
Mossel bay est un grand port de pêche et une station balnéaire. La grande plage est bordée d'agréables terrasses. Un intéressant musée rappelle que c'est ici que Bartolomeo Diaz fit escale lors du premier passage par les Portugais du "Cap des Tempêtes".
Ceci dit, les charmes de l'endroit sont assez vite épuisés, il reste 250 milles pour Cape Town, un bon créneau se présente, pourquoi attendre ?

Etape tranquille majoritairement au portant dans le petit temps. Classique renforcement du vent sur le cap des Aiguilles (quatre ou cinq heures à trente noeuds) et voilà, c'en est fini de l'Ocean Indien, nous voilà de retour en Atlantique.


Le cap des aiguilles qui marque le retour en Atlantique

Passage du Cap des Tempêtes (Bonne espérance) dans le calme au moteur et à l'aube le soleil se lève sur la baie de la Table où s'étend Cape Town.


Approche de la baie de la table au petit jour

Une place nous attend au Royal Yacht Club du Cap : il ne reste qu'à s'y amarrer et à préparer la visite de la région.

Commentaires :

Par Marie et Jacques le lundi 23 février 2015

Bravo!! Trente fois bravo!! ça devait secouer tout de même ! Merci de nous faire partager, photos et commentaires...
Bonne continuation et bonne remise en forme à Gilbert...
A bientôt !

Par Saniez le samedi 28 mars 2015

Bravo pour le parcours Durban-Captown, c'est rondement mené pour passer le cap des Aiguilles, la bonne espérance...nous suivons vos traces.bon voyage,Anne