Autour de L'Islande




Des Feroé, il y a un peu plus de trois cents milles pour Seydisfjördur, l'un des fjords de l'est, que nous avons choisi comme point d'arrivée.
Les conditions ne s'annoncent pas très bonnes mais nous n'avons guère le choix, de forts vents contraires sont annoncés à assez court terme.
Première partie du parcours au louvoyage, les prévisions annonçant ensuite une "adonnante" nous permettant d'atteindre notre objectif sur un seul bord. Effectivement le vent adonne mais, assez vite, mollit puis tombe. C'est donc au moteur que nous finirons cette traversée.
Le temps est particulièrement froid, nous multiplions les couches de "polaires". Ceci dit, il faut relativiser : l'onglée qui fait souffrir nos petites mains douillettes est bien légère par rapport à ce que devaient subir ceux qui commençaient ici leur campagne de pêche au début du mois de mars...


On multiplie les couches

Dans l'après midi du deuxième jour, des cimes enneigées se détachent sur l'horizon et c'est à "l'aube" que nous arriverons à l'ouvert de Seydisfjördur.

En fait, depuis les Feroé, nous ne connaissons pratiquement plus la nuit : le soir est marqué par un très long crépuscule qui... se transforme en aube. Le phénomène s'accentuera, bien sûr, au fur et à mesure de notre montée vers le nord. Voilà qui est très confortable : on n'a plus à se préoccuper d'éviter les arrivées en pleine nuit dans des ports inconnus...


Au large de la "sombre islande"



Arrivée à l'aube sur Seydisfjördur

Dans le fjord aux versants enneigés, l'eau est un véritable miroir. Nous nous amarrons au quai de ce qui semble être un ancien établissement de traitement du poisson. C'est notre premier contact avec les quais équipés de gros pneus de camions que nous fréquenterons presque systématiquement durant notre séjour en Islande.


Premier quai islandais


Le fjord sous le soleil

Il y a bien un bassin équipé de pontons, mais il est totalement occupé par de petits bateaux de pêche.

En fait, nous avions spontanément choisi l'emplacement dédié à la plaisance. Le "harbour master" nous déroule un très long fil électrique et un impressionnant tuyau : nous voilà pourvus en eau et électricité.
Il voit passer ici une vingtaine de bateaux de plaisance par an : nous sommes les premiers de l'année. Peut-être est-ce pour cela qu'il nous offre un almanach nautique auquel, bien sûr nous ne comprenons goutte mais qui présente toute une série de photos aériennes des principaux ports. Voilà qui suppléera aux insuffisances du guide dont nous disposons (le seul existant à notre connaissance) et dont l'auteur ne semble pas avoir compris qu'un bon croquis vaut mieux qu'un long discours.



De notre quai, quelques centaines de mètres mènent à un village aux maisons colorées.


Au dessus du fjord

Nous avions prévu, bien sûr, de randonner sur les sentiers parcourant les hauteurs du fjord mais il nous faudra déchanter : à la période où nous arrivons, ils sont encore enneigés et impraticables. Nous nous limiterons donc à la location d'une voiture pour visiter l'intérieur. C'est un peu compliqué : bien que Seydisfjördur soit le point d'arrivée d'un ferry qui déverse sa charge de touristes, il faut parcourir une quinzaine de kilomètres en bus pour se rendre au petit aéroport local où se trouve l'agence de location.


Visite des grands fjords de l'est. Tous sont encore fortement enneigés. La neige, descendant presque jusqu’à la mer ajoute encore à la majesté des paysages.
Visite émouvante à Faskrudfjordur, c'est dans ce fjord que se trouvait la base des pêcheurs français qui venaient "à Islande". C'est là qu'était collecté le produit de la première partie de leur saison de pêche. Des dizaines de goélettes pouvaient, à certains moments, s'y trouver rassemblées. Un hôpital y avait été construit que voisine un cimetière. Les ruines ont aujourd'hui été relevées et le bâtiment abrite un excellent musée témoignant de la vie de ces pêcheurs. A L'hôtel voisin a construit un ponton où il est possible de s'amarrer.


On les a attendus, là-bas, du côté de Paimpol ou de Binic. Ils ne sont jamais revenus.

Fin du tourisme terrestre : nous repartons vers le nord, en directions de Vopnafjördur, à une soixantaine de milles.
Deux "écoles" existent en matière de contournement de l'Islande : les vents (Est dominant au nord de l'île, Ouest dominant au sud) favorisent le sens antihoraire. Les courants favorisent l'inverse. Nous avions choisi de "miser" sur les vents et en fait, bien que n'ayant jamais réussi à nous procurer des données fiables, nous n'avons jamais vraiment été gênés par les courants. Arrivée au soir à Vopnafjordur, Le port est en travaux : nous trouvons une place sur un quai à pneus entre une drague et une barge... . le maître de port n'est plus là mais un pêcheur vient proposer de nous aider à nous amarrer et nous offre du poisson : ses filets de cabillaud assureront la nourriture pour au moins trois jours.
Le village est plutôt triste. nous parcourons au matin sous un ciel gris et dans un froid glacial des rues désertes. Mais nous n'avions pas prévu de nous attarder : les conditions sont très bonnes pour l'étape de130 milles qui nous mène à Husavik.
Nous passons la "redoutable" presqu'île de Langanes (qui forme un promontoire s'avançant loin vers l'est) avec un... fort courant favorable. Au delà les paysages changent le paysage s'aplatit et devient assez morne.


La presqu'île de Langanes

Au "soir", nous franchissons le cercle polaire
A minuit, le temps est magnifique. Nous ne sommes que le 21 mai, le soleil passe donc encore brièvement sous l'horizon, mais la pleine lune lui apporte son aide : nous baignons dans une étrange atmosphère bleutée... très vite, les cimes enneigées, colorées de rose, font leur réapparition à l'horizon.


Sur le cercle polaire


Il est minuit

Arrivée matinale à Husavik où nous trouvons place entre deux gros chalutiers et une goélette traditionnelle. C'est un actif port de pêche, mais la ville promeut surtout sa réputation de "capitale européenne de la baleine". Les baleines à bosse (entre autres) sont nombreuses dans la baie et une dizaine d'anciens bateaux de pêche en bois, joliment vernis, se livrent à un incessant ballet pour emmener en mer - et par tous les temps- les adeptes du whale watching. bien sûr, la ville a son (intéressant) musée de la baleine.


Cohabitation dans le port d'Husavik

En fait de baleine, en traversant la baie, nous n'en verrons, brièvement qu'une seule. il faut avouer que nous n'avons guère fait d'efforts, l'espèce majoritaire ici est la même que celle que nous avons pu fréquenter à satiété aux Tonga. Peut-être depuis les Tonga sommes nous devenus des blasés de la baleine à bosse ? (la deuxième attendra notre retour ...aux Hébrides pour se montrer).

Location d'une voiture pour visiter la région volcanique proche.
Située sur la "dorsale medio atlantique" qui marque ici, le contact entre les plaques européenne et américaine, l'Islande compte plus de 130 volcans en activité. La région du lac du lac Myvatn, au sud d'Husavik offre des paysages spectaculaires :










La cascade de Dettifoss



Retour au port
Les ports islandais présentent souvent la même structure : de grands quais, accueillant de gros chalutiers (voire de très gros chalutiers-usines) à proximité immédiate, des établissements de transformation du poisson. Un bassin intérieur accueille des embarcations plus modestes (une dizaine de mètres) qui déchargent quotidiennement des quantités impressionnantes de morues. Ce bassin intérieur, souvent doté de pontons est toujours bondé. Pour la plaisance, on trouve toujours une place mais il n'y a -sauf exception- aucun aménagement particulier et l'accueil se fait le plus souvent le long d'un quai bardé de gros pneus. (Qui imposent certaines précautions quand le marnage peut atteindre quatre mètres...)



Même si l'on y retrouve les mêmes éléments, chacun de ces ports présente ses caractères particuliers : si Husavik est la capitale de la baleine", Siglufjördur, notre escale suivante, est la "capitale du hareng". L'importance des activités de pêche et transformation de ce poisson avait fait de cette ville, dans le premier tiers du 20ème siècle, la deuxième d'Islande. La catastrophique raréfaction de la ressource entraîna la fermeture des nombreuses usines et le déclin de la ville. il reste aujourd'hui un très intéressant "musée du hareng" qui ne laisse rien ignorer des techniques de pêche et de transformation de ce poisson.


Siglufjordur, premier ponton plaisance


Au coeur du village




Un port qui sait marquer l'accueil des visiteurs étrangers

Port de pêche, Siglufjördur est aussi une station de sports d'hiver. A notre arrivée la saison est terminée mais l'enneigement limite encore les possibilités de balades sur les hauteurs dominant le port. Il nous faut nous limiter aux environs des colossaux murs anti-avalanches (nous en avions observés, depuis la mer, autour de certains ports). En effet, confrontés aux tremblements de terre, parfois aux éruptions volcaniques, certains ports avaient aussi à craindre des avalanches (dont certaines furent catastrophiques). Aujourd’hui, d’impressionnants systèmes de murs et fossés mettent à l'abri les zones habitées.


Fossé anti avalanches

C'est sur la route vers Isafjördur que nous commençons "sérieusement" notre campagne de pêche. Méthode classique : le bateau est arrêté, à sec de toile ou à la cape, sur des fonds d'une quarantaine de mètres. L'équipage, rangé le long du bordé imprime, dès que le plomb a touché le fond, un léger mouvement d'oscillation à la ligne et... il n'y a guère à attendre.
Nous nous étions donné une heure de pêche à l'arrêt : au bout d'un quart d'heure, devant la surabondance des prises, un peu frustrés, il nous a fallu cesser.
En fait, notre pêche devint de plus en plus sélective : plus grande profondeur, remplacement de nos leurres de taille modérée par les... gros poulpes qui nous avaient servi à pêcher le thon et la dorade sous d'autres latitudes, interdiction formelle de monter à bord pour tout cabillaud de taille trop étriquée. Au total, nous avons limité notre prélèvement à une centaine de kilos de morues.



A Isafjordur, devant l'ambigüité de nos documents sur le bassin où nous devions accoster, nous avions appelé le port par vhf. Du coup, un véritable comité d'accueil nous attendait sur le quai, une petite troupe extrêmement sympathique, avide de s'emparer de nos aussières et de bavarder. Le responsable du port (que nous avons fini par identifier dans le groupe) ne nous quittera qu'après s'être assuré lui même de notre bonne installation et du bon fonctionnement des branchements électriques.
Pour la première fois, nous revoyons des bateaux de plaisance. La qualité de l'abri est telle que le port est un lieu d'hivernage pour plusieurs plaisanciers étrangers. La petite ville, au centre coquet, nous permet un ravitaillement complet mais les ballades sur les hauteurs environnantes sont limitées par l'enneigement.


Isafjördur : l'abri parfait au fond du fjord

Vingt cinq milles plus loin, Sudureyri est un petit port à l'activité foisonnante. Les bateaux, qui mesurent moins de 10m y débarquent des quantités impressionnantes de poisson.
Le port, dans sa communication vante sa pêche "écologique et respectueuse de l'environnement". Le poisson débarqué est transformé sur place et se trouve, "en moins de 36 heures sur les étals européens..." Et rien ne se perd : le têtes de morue sont expédiées au...Nigéria où elles servent à la confection de plats traditionnels. Il s'agit, en quelque sorte d'une écologie mondialisée...


Calme et brume


Après la brume...

Mouillage à Talknafjordur
Le mouillage est protégé par un Eyri ( les moraines abandonnées par le retrait des glaciers forment une jetée naturelle). Franchie l'étroite passe, on se trouve dans un véritable lac . Mais, mis à part le calme, le lieu n'a rien qui incite à passer plus d'une nuit. Route donc sur le mouillage de Keflavik, à une trentaine de milles. La route nous fait passer au pied des spectaculaires falaises de Latrabjarg (plusieurs centaines de mètres). C'est le paradis des oiseaux : macareux, guillemots, pingouins, pétrels y foisonnent. Mouillés au soir dans la baie voisine de Keflavik, nous recevons leur visite, empreinte de curiosité...


Visite de courtoisie ?




Le Snaeffeljokull d'où l'on part pour le centre de la terre

Notre mouillage suivant à Arnastapi ne fut pas une franche réussite : Les falaises spectaculaires assuraient un abri parfait contre le vent... mais pas contre la houle qui s'accentuant dans la nuit nous incita à partir pour le port voisin d' Akranes. Mais partir en pleine nuit est plus facile... quand il n'y a pas de nuit...

A Reykjavik, nous sommes le 3ème bateau de l'année. Dans la marina du yacht club nous sommes au pied du Harpa, vaste construction aspirant à devenir pour Reykjavik ce qu'est l'opéra pour Sydney.


Au pied du Harpa

La ville n'est pas très grande et est facile à parcourir à pied. Le centre ancien est très animé et agréable. Nous nous y trouvons en plein championnat d'Europe de football : les supporters islandais suivent avec passion, dans une atmosphère bon enfant, les exploits de leur équipe nationale .

Nous profitons de l'escale pour nous offrir cinq jours de tourisme terrestre en camping car au sud de l'île.
L'action conjuguée des volcans, des glaciers et des variations du niveau marin a construit des formes de relief spectaculaires...


Faille à Thingvellir


Geyser


Le chute de Gullfoss


Au dessus du glacier


Jökullsarlon : quand la glace rejoint la mer


C'est le printemps



La partie de l'Islande que nous visitons par la route est très différente de ce que nous avions connu en bateau . La pression touristique y est forte (1700 000 touristes attendus pour un peu plus de 300 000 habitants...) On est bien loin des mouillages déserts, des petits ports concentrés sur leur activité de pêche.

C'est de Vestmannaeyjar, archipel judicieusement placée sur la route du retour, que nous quitterons l'Islande.

Heimaey, où nous faisons escale, présente des paysages particulièrement spectaculaires : une éruption récente (1973) a détruit une partie de la ville (on y visite la "Pompei du Nord") . Une coulée de lave a alors failli combler l'entrée du port mais a laissé un passage de quelques dizaines de mètres, créant ainsi un abri parfait.


Sous la coulée, la ville.


La passe d'entrée...

Les falaises abruptes, domaine des oiseaux de mer permettent quelques promenades...vertigineuses.



Au total, autour de l'Islande nous avons rencontré des conditions de navigation faciles. Peu de vents forts, (nous n'avons pas été bloqués au port un seul jour) temps le plus souvent beau, pas de brume, nombreux abris... Sans doute la période où nous y étions (deuxième moitié de mai et juin) est-elle la plus favorable.

Pour la route du retour, nous n'avions pas choisi : ouest de l'Irlande, nord de l'Irlande, Hébrides extérieures nous étaient également connus. C'est la meteo qui a tranché : la brièveté des créneaux de temps "maniable" nous a fait choisir la traversée la plus courte vers les Hébrides.
Traversée facile d'un peu moins de trois jours et demi et nous retrouvons Stornoway. Le port qu'au début du mois de mai nous avions vu presque vide est désormais bien rempli et nous nous amarrons sur un ponton intégralement garni de bateaux battant pavillon français.
Descente tranquille vers le sud, nous retrouvons de vieilles connaissances Loch Maddy, Canna, Gigha...

Une halte à Rathlin island perdue au milieu de ses courants ... Une mer d'Irlande clémente, une escale à Falmouth, à Ouessant et voila...Kendalc'h est de retour au ponton d'Audierne d'où il était parti.